La fumainerie

  FRANCE

Web: https://www.lafumainerie.com/

Contact: lafumainerie@zaclys.net

Localisation: Mérignac (33)

Secteur: Recyclage

Date de création: 2019

Date de rencontre: 22/04/2021

Maturité du projet: Mature

Une association citoyenne qui accompagne les territoires urbains dans la transition de leur système alimentation-excrétion.

Aperçu

La Fumainerie [1] est une association de loi 1901 fondée en février 2019, localisée à Bordeaux. L’association s’est donnée 2 ans pour mener une expérimentation qui vise à montrer qu’il est possible de re-circulariser notre système d’alimentation excrétion. Cette circularisation àa pour but la valorisation des nutriments présents dans nos excrétas et de participer à l’effort de préservation de notre ressource en eau. Les objectifs de l’expérimentation sont de mettre en évidence les bénéfices d’un réseau d’assainissement plus circulaire et écologique et mesurer le niveau d’accessibilité sociale d’un changement profond de nos modes d’assainissement.

L’assainissement écologique est un processus de gestion circulaire des excrétas. Il prend en compte :

  • le conditionnement qui correspond au stockage de la matière dans un espace clos.
  • l’assainissement, c’est-à-dire l’hygiénisation des matières. Il existe des méthodes douces (le compostage par exemple) ou actives (par exemple la pyrolyse). Peu importe le process choisi, il faut favoriser avant tout la sécurité des personnes et de l’environnement.
  • la valorisation et le recyclage des matières. Il faut privilégier un retour au sol des matières.

L’association met en place des toilettes sèches  chez les particuliers (séparation à la source de l’urine et des fèces), collecte l’urine et recherche ou développe ensuite des filières de valorisation de l’urine et des matières fécales adaptée en partenariat avec les acteurs publics et privés locaux.

Le but ultime n’est pas la généralisation d’une unique solution mais plutôt une prise de conscience collective et le déploiement de solutions d’extraction des matières et de systèmes de gestion qui s’adapte aux besoins.

 

  • 30 sites de collectes d’urine depuis septembre 2021
    • 28 sites chez des particuliers
    • 3 sites dans des lieux accueillant du public (un co-working bois, un tiers-lieux et une association d’animation et de diffusion artistique)
  • un total de 86 co-producteurs qui utilisent les toilettes

Ecologie industrielle et territoriale par le développement d’une filière locale de valorisation de l’urine et des matières fécales et coopération entre acteurs (La Fumainerie qui travaille avec Toopie pour valoriser l’urine, Recup Bokashi Aquitaine pour le co-compostage des matières organiques et avec Un petit coin de paradis pour concevoir des toilettes séparatives adaptées).

Recyclage par la sortie de l’urine et des matières fécales du statut de déchet ultime de l’Humanité.

fonctionnement du projet

Pour écouter Ambre Diazabakana présenter le projet, tu peux regarder la vidéo tout en bas de l’article !

La Fumainerie est une association de loi 1901 qui se compose de la manière suivante :

  • Une direction collégiale qui regroupe 6 personnes, dont certains coproducteurs du réseau. Ce sont des citoyens de la métropole bordelaise qui souhaite devenir acteur-décideur de leur assainissement
      • 2 salariés dont une coordinatrice et un animateur réseau appuyés par une personne en service civique (présent pendant 6 mois dans l’association). Ils sont tous chargés de la collecte de l’urine mais aussi du bokashi (mutualisation des moyens humains).
  • Les adhérents, au nombre de 99 en 2020.

L’association collecte de l’urine sur 30 sites ce qui représentent environ 86 personnes, 1097 kg d’urines et 345 kg de fèces collectées en avril 2021 et 5200 litre d’urines collectés depuis septembre et 1700 kg de fécès collectés depuis septembre.

Les partenaires techniques de l’association sont :

  • Une petit coin de Paradis, producteur de toilettes sèches qui a développé une modèle adapté à l’activité de la Fumainerie.
  • Recup Bokashi Aquitaine avec qui l’association mutualise des moyens humains et matériels pour la collecte et le compostage des matières
  • Toopi Organic qui récupère l’urine pour la valoriser en biostimulants.
  • Une plateforme de compostage industriel (PENA Environnement). L’association étant en phase d’expérimentation, PENA Environnement a accepté de ne lui faire payer que la levée des bacs (60€ la tonne pour le transport) et non pas les coûts de traitement  de la matière (entre 90 et 100€ la tonne).

Le premier enjeu de la valorisation des excréments est le mode de collecte. La séparation à la source permet d’éviter la contamination de l’urine (qui ne contient que très peu de pathogènes) par les matières fécales. Des dispositifs existent déjà sur le marché : des urinoirs secs masculin ou féminin ainsi que des toilettes “séparatives” :

  • l’urine s’écoule vers l’avant par gravité
  • les matières fécales et le papier toilette sont recueillis à l’arrière dans un contenant adapté.

Les collecteurs déjà existant sur le marché n’étaient cependant pas adaptés au mode de collecte de l’urine développé par La Fumainerie. La collecte est effectuée chez les particuliers à l’aide de vélos-cargo à assistance électrique. Les récipients n’étaient pas adaptés à ce mode de transport. Pour l’urine par exemple,  les bacs ne disposaient pas d’un système de fermeture étanche.

La Fumainerie à donc travaillé en partenariat avec Une petit coin de Paradis pour développer des toilettes séparatives adaptées à leur mode de collecte. Pour lutter contre les mauvaises odeurs des intrants sont ajoutés dans les différents contenants :

  • de l’acide lactique au fond des bidons d’urine pour stabiliser l’urée. Cette stabilisation de l’urée empêche sa dégradation en ammoniac, molécule responsable des mauvaises odeurs.
  • de la sciure de bois dans les cuves de fèces permettant un séchage plus rapide, de couvrir les matières pour éviter l’invasion de nuisibles (mouches) et donc d’éviter les mauvaises odeurs.

La mise en place d’un tel système d’assainissement écologique nécessite de repenser la conception des toilettes :

  • nécessité d’avoir un espace bien aéré ou du moins climatisé. Au lieu de mettre la climatisation vers le haut, il semble judicieux d’installer la climatisation en bas de la pièce afin de capter les mauvaises odeurs vers le bas.
  • repenser le système d’éclairage : un éclairage par le haut rend l’utilisation des toilettes par la visualisation des matières peu attirante.

Initialement, le point de départ des collectes était Mérignac. Cependant, cette organisation engendrait des pertes de temps, du fait du temps conséquent passé sur les routes,  et augmentait les risques d’accident routier. La Fumainerie a donc mis en place des maisons de quartier avec Recup Bokashi Aquitaine, dans le centre-ville de Bordeaux afin d’optimiser les collectes, soutenues par la ville de Bordeaux des points d’ancrage.

Dans chacune de ces maisons sont stockés des bidons pour l’urine et les fèces, pré-remplis d’acide lactique et de sciure de bois, et le mode de locomotion. A la suite de chaque collecte, les bidons d’urine et de fèces y sont entreposés. Une fois par semaine, un camion collecte les urines et les les fèces  dans les différentes maisons de quartier afin de limiter au maximum les émissions carbone du réseau carbone.

Sur la semaine, il existe des créneaux fixes de collecte d’une durée d’une heure. Les coproducteurs doivent se rendre disponibles sur l’heure du créneau qui leur a été attribué. 

Avant chaque départ de collecte, le collecteur regarde sur l’application combien de coproducteurs il doit aller voir et notamment le nombre de contenants vides qu’il doit emporter. L’application sert aussi à prévenir le coproducteur de la venue du collecteur : en partant du lieu précédent, le collecteur envoie un message au coproducteur.

La Fumainerie mutualise ses moyens de collecte (tant humain que matériel) avec l’association Récup Bokashi Aquitaine [2]. L’association met à disposition des bBordelais un bioseau pour collecter et valoriser leurs déchets.

L’association met à disposition des usagers un sceau de type bokashi. Les biodéchets sont valorisés par fermentation anaérobie permise par l’ajout de « Micro-organisme efficient” (EM). Ces microorganismes empêchent la putréfaction des matières et les préparent à une meilleure assimilation dans les sols. Le Bokashi présente trois avantages : inodore, facilité d’utilisation et hygiénique.

Les deux associations mutualisent leur collecte. Sur un même créneau, les collecteurs peuvent récupérer des excrétas et/ou des seaux de bokashi.

Une fois l’urine et les matière fécales récoltées par La Fumainerie, elle doivent être valorisées.

La Fumainerie travaille pour le moment avec deux entités :

  • Pena environnement [3] qui valorise les fèces par le compostage en tunnel
  • Toopie organics [4] qui valorise les urines en biostimulants via la fermentation lactique.

approche de développement durable

La modification de notre système actuel d’excrétion vers un modèle de toilette sèche permet dans un premier temps de limiter le souillage/la contamination d’eau potable.

Par ailleurs, la sortie des excréments du réseau des eaux usées permet aussi de sortir une grande quantité d’azote, minéral partiellement capturés dans les stations d’épurations. En aval, cela permet de limiter les phénomènes d’eutrophisation.

Reproductibilité & perspectives d'évolution

L’objectif de l’expérience est de montrer qu’il est possible de circulariser notre système d’alimentation excrétion.

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